Interview de Dominique Anxo, directeur du Centre d’études européennes du marché du travail






 « La France pourrait s’inspirer de la fléxi-sécurité suédoise »


Professeur d’économie au département économie et statistiques de l’université Linnaeus en Suède, Dominique Anxo est également directeur du Centre d’études européennes du marché du travail. Le 26 prochain, il animera lors du Congrès international francophone des RH un atelier qui a pour objectif d’identifier et d'analyser les modifications majeures survenues en Europe durant les dernières décennies.

 

Propos recueillis par Sylvie Aghabachian.

 


Quels sont les changements majeurs en matière de travail qui vous interpellent ?

 

 

Le premier changement majeur est la féminisation croissante de la force du travail constatée dans les trois quarts des pays européens. Tout en tenant compte de fortes disparités entre les pays du sud et de l’est et les pays du nord, qui comptent 80 % de femmes actives.  La deuxième tendance est le raccourcissement de la vie active dû à une entrée tardive sur le marché du travail grâce à l’amélioration claire du niveau des qualifications et des sorties plus précoces dans un contexte d’allongement de l’espérance de vie et de l’équilibre vie privée-vie professionnelle. Enfin, nous assistons à une modification des structures des emplois avec une diminution des emplois peu qualifiés et une augmentation des qualifiés notamment depuis le développement des nouvelles technologies. La structure est dès lors, moins hiérarchisée et plus autonome avec une dilution de la frontière entre le monde du travail et la vie privée d’où une augmentation de la productivité avec la contrainte pour le professionnel de toujours rester joignable.

 

 

Que pense le directeur du Centre d’études européennes du marché du travail sur la législation française en matière de travail et d’emploi ?

 

 

Les régulations sur le marché du travail ne sont pas indépendantes des modes de relations professionnelles difficiles entre l’Etat et les partenaires sociaux en France. Le rôle de l'Etat en matière de régulation sur le marché du travail reste prédominant. Il n’est donc pas étonnant  par exemple que la réglementation du temps de travail comprenne une centaine de pages en France contre à peine deux ou trois en Suède. Dans plusieurs pays européens, il existe des mécanismes contractuels de conventions collectives. Il faut prendre en compte les intérêts des salariés et les contraintes des entreprises avec plus de flexibilité et de sécurité. Il faut consolider le dialogue social. En France, les confédérations sont concurrentes et le taux de syndicalisation est faible (ndlr : moins de 8%) contrairement aux pays du Nord où il avoisine les 70% et où il y a une recherche de consensus avec une garantie de possibilité de reconversion.

 

 

Avez-vous un exemple de cette flexi-sécurité suédoise ?

 

 

Dans les années 70, la Suède était le plus grand producteur au monde de navires à fort tonnage. Face à une concurrence accrue en provenance de la Corée du Sud, les Suédois ont pris la décision de fermer l’ensemble des chantiers navals tout en garantissant une reconversion aux ouvriers licenciés. En France, la philosophie est différente, avec la protection de l’emploi coûte que coûte.

 

 

Quelles sont les particularités de transformations dans le monde du travail suédois dont la France pourrait s’inspirer ?

 

 

La France pourrait s’inspirer de plein de choses comme la fléxi-sécurité.  La formation tout au long de la vie est aussi un pan d’inspiration avec de réelles politiques de l’emploi afin de trouver les moyens d’assurer une continuité des trajectoires professionnelles. Les modes de flexibilité du temps de travail avec la possibilité de réversibilité du temps partiel en temps plein dans le cadre d'un congé parental par exemple, ont permis la féminisation et la continuité de l’emploi. En Suède, le travail à temps partiel est plus long que dans les autres pays européens (entre 25 et 34h).




 


Powered by AVANTI Technologies