Interview d'Isaac Getz, professeur à l’ESCP Europe



« Libérez l’intelligence et l’énergie de chaque salarié»

Son dernier ouvrage Liberté & Cie* sur les leaders et leurs entreprises innovantes qui permettent une liberté d’initiative complète à leurs collaborateurs, est devenu un bestseller. Le 26 juin, Isaac Getz, professeur à l’ESCP Europe, donnera sa vision de l’entreprise libérée lors du Congrès international francophone des RH au Cnit La Défense.

Propos recueillis par Sylvie Aghabachian

Le Congrès international RH francophone des 25 et 26 juin prochains va aborder les changements dans le travail. Dans quel sens les entreprises doivent – elles changer ?

Les entreprises doivent changer dans le sens du respect, de la considération, de la confiance dans l’intelligence et la capacité de leurs salariés de résoudre les problèmes qu’ils rencontrent.


Vous êtes co-auteur avec Brian Mc Carney de Liberté & Cie. Ce livre a-t-il été inspirant pour les dirigeants et les salariés ?

Les salariés sont enthousiastes en lisant le livre mais beaucoup ne croient pas que cela soit possible dans leur entreprise. Car dans leur quotidien, ils travaillent dans des structures qui sont à l’opposé de celles que j’ai étudiées. Quant aux dirigeants, le livre les concerne en priorité. Il leur explique comment transformer radicalement leur entreprise pour construire un environnement de confiance totale à leurs salariés dans leur capacité de trouver des solutions et de les mettre en place.





Le fonctionnement démocratique, le management participatif sont-ils l’avenir de l’entreprise ?

Ce sont des approches positives par opposition aux modèles de top-down ou de contrôle. Mais ce sont des approches partielles et insuffisantes vouées du coup aux échecs. Les démarches empowerment ou d’autonomie existent depuis plusieurs dizaines d’années et elles n’ont pas réussi. Le problème vient du fait que les dirigeants n’ont jamais voulu remettre en cause leurs organisations que je nomme les hiérarchies bureaucratiques. Car la hiérarchie donne l’autorité à « n+1 » de dire à « n » ce qu’il doit faire et le contrôler et la bureaucratie est constituée d’autant des procédures qui visent la même chose.  Avec un tel mode d’organisation, aucune autonomie de prise d’initiative ne réussira.


Pouvez-vous nous donner quelques exemples d’entreprises libérées?

Je connais au moins 200 entreprises libérées. En France, tous les quinze jours, une entreprise opte pour ce mode de fonctionnement. La plus ancienne est la fonderie FAVI qui s’est lancée dans cette démarche en 1983.


FAVI, leader mondial en fonderie sous pression d'alliage cuivreux : une entreprise libérée

Au niveau international, l’entreprise W.L Gore est devenue une entreprise libérée dès 1958. Toutes les entreprises libérées dont j’ai étudié leur mode de fonctionnement (ndlr : 50 dans 5 pays) se trouvent au sommet de leur industrie respective.


Vous dites qu’un dirigeant doit se comporter comme un jardinier. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Il doit abandonner le mode de fonctionnement qui consiste à être au sommet de la pyramide, à ne pas vouloir utiliser l’intelligence des gens de terrain, confinés à exécuter des ordres. Plutôt que de vouloir améliorer ce modèle, il cherchera à le changer en libérant l’intelligence et l’énergie de chacun. Pour activer la pousse, le jardinier a besoin d’un mélange optimal de lumière, de l’eau et de minéraux. Par analogie, dans l’entreprise, le leader libérateur construit un environnement qui satisfait les trois besoins universels des salariés : la confiance dans son intelligence, le développement personnel pour réaliser son potentiel et aussi l’auto-direction, c’est à dire de ne pas être contrôlé. Comme  le manque de nutriments aux plantes, le salarié dont les trois besoins psychologiques ne sont pas satisfaits, dépérit, évite de faire des propositions ou d’utiliser son intelligence. Il devient un robot, un automate. Alors que si le manager plutôt que de contrôler, devient un leader facilitateur au service du salarié, ce dernier va entreprendre des actions pour le bien de l’entreprise. Mais cette posture du leader jardinier demande beaucoup de travail sur soi de la part des dirigeants et des managers.

Isaac Getz parle de l’entreprise libérée. Un avant-goût de son intervention lors du CIFRH 2015.


Pour en savoir plus sur les entreprises libérées : le blog des auteurs de Liberté et Cie

 



* Publié en 2012 chez Fayard et en 2013 en poche chez Flammarion.

 



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